REGARDER VRAIMENT ET LIBREMENT

La philosophie du projet AVO

LE CHOC VISUEL

Rome, 1602. Amor Vincit Omnia. Un adolescent nu piétine les symboles du savoir et de la gloire. Son sourire complice interpelle directement le spectateur. Caravage, comme souvent, capte notre regard et le guide. Il nous oblige à nous confronter à ce corps.

Pour la première fois dans l’histoire de l’art, un peintre nous confronte à la réalité photographique, anatomique, du corps d’un adolescent nu. Cecco y est tellement incarné — être de chair — qu’un miroir ne nous aurait pas donné meilleure vision. C’était un choc visuel à l’époque. C’en est encore un aujourd’hui.

LE SILENCE

Pourtant, silence. Les sources des XVIIIe et XIXe siècles qui mentionnent ce tableau sont rares, évasives. Au XXe siècle, beaucoup de biographies en parlent à peine, certaines l’omettent, d’autres le montrent dans le plus petit format possible. Quand l’érotisme du tableau est évoqué, c’est souvent pour le nier immédiatement : « Non, ce n’est vraiment pas ce que vous pensez. »

Le tableau n’a pas été caché — le musée de Berlin l’assume sans problème. Mais les regardeurs se sont auto-censurés. Pourquoi cette gêne ? Pourquoi ce besoin de détourner les yeux, de nier l’évidence, de refuser de nommer ce que l’on voit ?

LES ÉNIGMES DU REGARD

Qu’ont voulu voir — ou ne pas voir — ceux qui ont regardé ce tableau ?

Qu’a voulu montrer Caravage ? Se montrer à lui-même, montrer à Giustiniani, montrer à ceux qui, inévitablement, verraient l’œuvre ? Qu’a vu Giustiniani en la recevant ? Qu’a fait Cecco de ce regard, de ces regards ? Que voyait-il, lui ? Qu’a-t-il voulu montrer, et à qui ?

Nous ne répondrons sans doute jamais avec certitude à ces énigmes. Mais nous pouvons interroger, ressentir, tendre vers des possibilités. Nous pouvons questionner les sensibilités en jeu — à l’époque, à travers l’histoire, actuellement.

NOTRE MÉTHODE

AVO refuse l’hypocrisie. Ce projet croise rigueur académique et franchise intellectuelle. Nous nommons les choses : le désir, les corps, les rapports de pouvoir. Nous interrogeons ce que l’on voit, ce que l’on cache, ce que l’on refuse de dire.

Nous ne jugeons aucune interprétation. Nous ne mettons de tabou sur aucune lecture. Nous proposons des clés d’interprétation, des questions, un contexte historique. Le but : permettre à chacun de confronter ce qu’il voit — ce qu’il pense voir, ce qu’il veut voir — avec ce qu’ont vu d’autres, à d’autres époques.

Complexifier le regard. Multiplier les angles de vue. Donner le matériel historique nécessaire pour que chacun puisse construire librement sa propre interprétation.

Comprendre qu’il y a dans ce tableau l’expression d’une sensibilité aujourd’hui disparue, ou dont nous n’avons plus vraiment les codes de compréhension.

SANS TABOU NI HYPOCRISIE

Des clés pour regarder vraiment.
Regarder librement.
Sans tabou ni hypocrisie.